Portfolio Perso

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« L’ALIBI ». Rencontres Arles 2018.Collaboration Rafael Gray et Yann Merlin.

 

« L’Alibi » (La Libye)

Avec ce titre, l’intention est de manifester au sujet du silence qui règne sur une situation: 

– le système concentrationnaire Libyen produit des victimes dans le désert, sur la mer mais aussi sur tout le territoire Libyen.

Les rescapés disent que n’importe quel Libyen a le droit de vie et de mort sur la population noire.

Depuis des années nous passons sous silence cette réalité car personne ne veut entendre leur histoire. 

Depuis les accords de Khartoum de fin 2014, la situation s’est terriblement dégradée sur le sol Libyens pour la population noire.

«il n’y a pas de mort naturelle pour l’homme noir en Libye » mais c’est l’homme noir qui le dit.

La question de l’argent n’est jamais évoquée par la presse.

Il y a longtemps que nous savons qu’il y a torture et racket en Libye mais quelque chose nous a échappé:  le système bancaire ne fonctionne pas en Libye.

Il y a aucun moyen d’y faire des transferts .

L’argent passe obligatoirement par les pays étrangers via les agences bancaires (Moneygram) et le réseau mobile ( Orange Money, NTM Money, Moov Money) 

L’argent liquide, qui représente qu’une petite partie de cette économie, circule par le même chemin que les réfugiés. Les 4×4 débarquent des hommes et repartent parfois avec des fonds, les sacs de devises étrangères sont triées et réexpédiées vers l’extérieur ou parfois aussi, converties en voitures de luxe qui traversent le désert pour être livrées a l’extérieur.

Les familles des victimes payent sur des comptes en banque ou par téléphone et les Libyens sont bien obligés de s’appuyer sur des réseaux extérieurs. Leurs « agents » vont leurs servir a encaisser l’argent des rackets mais aussi a se disculper. 

Les agents africains vont donc servir d’Alibi pour les Libyens alors que la cote et les points de lancements sont sous le contrôle des gardes cotes.

Ils vont aussi servir d’Alibi a L’UE qui a créé Frontex pour lutter contre les trafiquants.

Les libyens entretiennent un double-jeu qui alimente le mythe des «passeurs», insaisissables.Ce double jeu permet leur permet d’encaisser de la part des réfugiés et de la part des institutions européennes.Le mythe « des passeurs hors contrôle « permet de justifier aussi les budgets Frontex qui s’élèvent a plusieurs milliards d’Euros. 

« les Libyens nous appellent les diamants », tous les rescapés le disent.

BIRDS

Arles, rencontres photographiques. Collage le 25/07/2018 d’une image de 4mx3m sur laquelle Rafael Gray a collé un de ses avions. Oeuvre collective Yann Merlin et Rafael Gray.

Cette image de 4mx3m sur papier d’affiche est issue d’une photographie 24×36 d’un envol d’étourneaux  et « d’une reproduction libre de droit » d’un avion de ligne, celui qui fut détourné lors du onze septembre.

Il s’agit donc ici aussi d’un détournement : artistique et iconoclaste puisque cette image d’avion, est devenue une image « sacrée ».

Pour moi c’est simplement un charter retour.

Notre composition est une image qui pourrait exister mais la probabilité que je puisse réaliser une photographie d’un avion qui passe au dessus d’un arbre rempli d’étourneaux est assez improbable, et comment reconnaitre un avion quand il transporte des réfugiés? 

C’est un montage poétique un peu comme un haïku et il s’en dégage peut être quelque chose d’étrange.

J’ai photographié des étourneaux entre 2003 et 2010.

J’adore leurs départs, leurs trajectoires, ce sont aussi des migrateurs (mi-gratteurs, mi-?).

Un jour , j’ai entendu qu’ils étaient accusés de diffuser la grippe aviaire. J’ai pensé qu’ils allaient être éliminés et qu’ils disparaitraient du ciel alors j ai voulu enregistrer leur grâce et aussi peut être sublimer cette angoisse de disparition.

Je les ai photographié en tant que sujet bouc-émissaire.

C’est une bonne métaphore du sujet « migrant ».

En fait ce poème est un rêve, dans ce rêve, les oiseaux accompagnent ces migrants qui « retournent »au pays.

Parmi ces oiseaux, il se reflète un moi intérieur qui respire, enfin.

« L’Alibi » est une tentative pour sublimer notre impuissance avec un objet que chacun peut s’approprier.

C’est aussi une métaphore d’un mouvement d’aller-retour étrange, d’une lutte aussi entre le vivant et la machine, pour la vie.

Dans la rue, les enjeux ne sont pas économiques mais plutôt culturels et politiques.

Voila pourquoi le « tout-monde » marketing nous fait la promotion de leurs « artistes Marques »pour nous envahir de productions assez insignifiantes au regard de notre présent.

 

Yann Merlin_Paris_30/07/2018_13h03

 

AZIMUT U

Mon travail est intitulé: « Le chemin c’est le camp ».

On me dit souvent que ce projet ressemble a un st Jacques de Compostelle photographique. Je ne me reconnais pas dans cette interprétation.

Des le début, je voulais faire un chemin qui soit connecté avec mémoire. Je pensais a Oradour de nuit, j espérais que mon relais se passerai par la.

Au fil des jours, mon espoir s’éloignait mais quand je sus que ce serait vers les Pyrénées j’ai tout de suite pensé a la guerre d’Espagne, je me suis même imaginé que je parviendrai peut être a finir dans la ville de Guernica. C’est une ville ou la mémoire a totalement été effacée.

Mais une semaine avant mon départ, je savais que j’atterrirais trop loin, cette fois, les autres n’avaient pas marché assez vite.

J’envisageais alors de monter au pic du Canigou pour replonger sur Collioure et finir a port Brou. Ce serait un clin d’oeil a Machado et Benjamin.

Deux jours avant mon départ, La météo prévoit du moins deux au Canigou. Mon sac pesait déjà une vingtaine de kilos, si il fallait que je rajoute des vêtements chaud, mon sac deviendrait trop lourd pour la marche.

J’ai donc choisi les corbières sauvages que je ne connaissais pas.

Je me suis dit que je devrais revenir en arrière pour rejoindre le camp de Rivesaltes qui n’avait pas été photographié, qui avait été « oublié ».

Pourquoi intituler la série « le chemin c est le camp »?

Tout simplement parce que c’est la réalité de beaucoup de monde aujourd’hui.

Il n’y a pas besoin de préciser de qui je parle.

Ce qui m’y a fait penser c’est le livre de G. Haddad  » La lumière des astres éteints » (psychanalyse face au camp). Il cite Lacan qui aurait dit ( je n’ai pas encore vérifié mais je fais confiance a GH) : « Le réel c est le camp »

Comme c’est Lacan, ça fait réfléchir, on peut se dire que le camp est le féminin de la camp. Lacan n’oppose pas féminin/masculin. La « femme » devant sortir de sa peau de femme (façonnée par l’homme) et s’affirmer en tant qu’Autre_ être vivant-humain.

Mais tout cela me parlait d’autant plus que dans mon histoire familiale, mon arrière grand-père interné en Allemagne en juin 1944 a connu plusieurs camps de travaux forcés et a été libéré le vingt Avril 1945 ( jour de la naissance de mon père )

Mais surtout ma grand-mère maternelle aurait fait partie d’un réseau comme agent de liaison et aurait été arrêtée et torturée. Je n’ai pas pu vérifier en tout cas elle ne figure pas sur le registre de Vincennes ce qui ne signifie pas que c’est faux. C’est mon travail d’historien de la famille, c’est très difficile de savoir d’ou on vient.

Ma grand-mère donc m’expliquait de très petit jusqu’a la fin, que : « ça allait revenir. »

ça, c’était le totalitarisme de l’espèce dont elle avait été témoin.

Elle me disait que tout ça ce serait a cause des lois d’amnisties de la libération qui faisaient que la justice n avait pas été faite mais surtout que les idées se transmettraient.

Tout cela ressemblait a une prophétie inquiétante. Plus tard je compris que c’était surtout une angoisse qui l’obsédait.

Mais quand j’ai lu Bernanos qui disait, en 1945, que nous n avions pas gagné la guerre mais un bataille contre le fascisme ( Français si vous saviez ou La France contre les robots). Quand j’ai lu Orwell ( les essais politiques) qui imagine la forme que prendrait le totalitarisme du futur et comme son futur ressemble a notre présent, je ne sais plus quoi penser de ce que me disait ma grand-mère.

Le totalitarisme nous dit GH, est une psychose aussi bien collective qu’individuelle. Roudinesco « ose »dire qu’il y a un fantasme de fascisme chez un certains nombre de Francais. C’est beaucoup plus frileux que chez R. Gori qui parle de techno-fascisme.

En tout cas pour l’instant, nous ne voulons pas entendre les récits des rescapés des camps Libyens, les récits sont effroyables et j’ai même connu une psychiatre-psychanalyste qui a déprimé suite a son expérience du camp de Lampedusa.

J’ai travaille cinq ans sur le sujet. Pendant cette période j’ai été exposé aux récits de personnes qui vivaient quasiment tous dans l’extreme pauvreté . Toutes leurs histoires sont difficiles a entendre mais nous devons les entendre.

Azimut est tombé au bon moment pour moi. J’avais besoin de me ressourcer, de renouer avec moi-même et mon travail photographique que je poursuis depuis presque trente ans. Je voulais renouer avec une autre écriture que j’avais mis de cotes pour faire du journalisme.

Il fallait que je parle de ça tout de même car ces derniers temps cela ne me quitte pas. Cela se juxtapose constamment sur ce que je prends plaisir a voir, a écouter a sentir ou a gouter. Cela se juxtapose sur ce que je choisi d’extraire, d’encadrer, d’isoler. Il y a aussi tout le discours qu’on entend, les informations et ce qui fait mal a entendre, tout ça qui se mélange. tout ça qui se diffuse, les poètes doivent écrire par dessus.

Il y a aussi « la banalité du mal »qui augmente et tous ces signes, nous devons être attentifs a ce qu’ils produisent sur nous, le déni, n’est pas la bonne posture, autrement, viendra le jour ou nous aurons, nous aussi, a nous confronter a ce qui empêche les autres de vivre librement.

Yann Merlin

18 juin 2018

poème du 21 septembre 2017

Le tremble

Si je ne suis pas un, je peux dire nous.

Dans le qui tremble j’ai traversé Paris.

Des camping sauvages étaient partout, sauvage dans le sens inhumain.

Mais un arbre était en fleur.

Dans le qui tremble une bande de perds-dents qui ne sont pas en marche mais en route.

La, c’est la descente.

Il n’y a pas fuite sauf pour ce qui a l’état de projet est passé a l’état d’illusion, sauf pour ce qui nous fait peur.

Se déchaîner est un possible mais comment faire, ce n’est pas enseigné.

Il y a tous ceux qui bitume, mon ancien rêve.

Je ma brume au couteau et son regard rivière enchante mes crapauds sonores.

Tu voulais poésie mais tu déchantes car les mots qui grattent agissent sur ton inconscient comme une horde d’insectes suceurs de sang.

Ah les secrets de l’estime, le levé du jour.

Mais je honte France, les réfugiés.

Le futur c’était du travail, des loisirs, du progrès et des voitures volantes.

Nous allions réussir.

Il n’y a pas fuite sauf dans mémoire, sauf dans bonheur.

Il n’y a pas fuite sauf pour le ça ne va pas de soi.

Je suis dans le qui tremble et ne plus se revoir serait étrange.

Le chemin mène au camp, sur la carte je peux tracer.

Le chemin c’est le camp, le réel est augmenté.

La ligne de fuite? des coordonnées dans la couleur.

Des ordres et des contre-ordres

Un changement d’Azimut?: le volte face.

Pour passer le temps , je compte erreurs et trahisons puis je m’endors.

Cette marche c’est de la sueur, des lits cailloux et des étoiles, des lumières et des oiseaux.

Des grands papillons, des nuages sous la lune.

C’est l’éveil animal et tous les sons sont amplifiés.

Cette marche, c’est des gouttes de pluie.

Des écoulements

des regards suspicieux ou bienveillants.

Cette marche c’est la tente

Comment expliquer que les rencontres sont des retrouvailles

Le chemin c’est aussi tout ce qui n’est pas photographié.

Cette marche, le fil du présent

Et il me revient que dans nature, la solitude n’existe pas.

Et ces êtres vivants qui se cachent dans les buis-sons et qui résistent, continuent de vivre avec la peur.

ils nous tendent un miroir, le chemin qui mène au camp.

Ce que tu pourrais y voir aussi, ce n’est pas toi extérieur, mais toi autrement.

Libellule, tes chemins sont invisibles

Et, les Tipules, armée des ombres,

ne cesseront pas me fasciner.

Yann  Merlin / 21 septembre 2017

Azimut le U, tirage de 300 ex ( 20 e) ou le cahier avec un tirage de tête ( 7 par auteur). Collector!!

Le U avec Clémentine Schneidermann, Mouna Saboni, Guillaume Chauvin, Gabrielle Duplantier.

 

 

 

 

 

FINNHAMN Le 15 aout 2017 entre 4h05 et 6h12

Oeuvre collective avec Rafael Gray et PP (Patrick Pinon). 27 Avril 2018 20(h)45 « Le droit du Sol…On fait quoi? »

Black business Libyen : Mais par ou passe l’argent du trafic?

La grande majorité des rançons sont payées via des virements sur des téléphones mobiles. Les opérateurs qui proposent ce service travaillent avec des partenaires bancaires. Pour la cote d’ivoire il s’agit de banques Africaines (orange Money, NTM Money et MOOV Money) mais aussi d’une banque Française la SGBCI (Orange Money et NTM money ) ou américaine ( Moneygram). Les transactions ne peuvent pas s’effectuées directement sur le territoire Libyen.

 

Qu’ils soient réfugiés ou migrants, des hommes passent par l’enfer de la Libye. Depuis longtemps, nous savons que chaque personne est rackettée. Cela peut arriver entre trois fois et une dizaine de fois ( information recoupée sur la base de plus d’une centaine de témoignages). Il n’est pas possible de faire des virements depuis l’étranger sur le sol Libyen. Cette conversation que j’ai enregistrée permets de comprendre par ou ça passe. Nous savons depuis longtemps que le racket existe en Libye mais quand nous parlons rançon nous voyons des valises de billets. C est oublier que nous sommes au vingt-et-unieme siècle et que l’argent circule aussi grâce aux transactions électroniques. C’est la téléphonie mobile, les agences comme Moneygram qui permettent ces transactions. Les réfugiés qui mettent les pieds sur le territoire Libyen ont assez peu d’argent liquide avec eux. Cette argent représente une part non négligeable du trafic. Il est trié par des employés qui font cela toute la journée. Un témoin que j’ai interrogé triais les devises dans des sacs qui étaient échangés par d’autres avec de l’argent qu’il devait trier et ainsi de suite. D’après son témoignage, l’argent ressortait du pays dans les pick up qui repartaient vers le Niger a vide pour aller transporter des nouveaux « passagers ». Ces passagers sont rassemblés au Niger dans des locaux. Les agents leur proposent trois destinations: Sabah direct, Tripoli Direct Italie direct. Tout le monde part dans differents pick up mais ils finiront tous au même endroit :  le Terminus de Sabah. De la commencera le long périple qui finira au mieux jusqu’aux points de lancements. Mais les témoignages racontent qu’un nombre considérable de personnes meurent sur le sol Libyen. Tous les jours la mort suit son cours en Libye. « il n’y a pas de mort naturelle en Libye pour l’homme noir » mais c’est le noir qui le dit.

Ce dosso est un chef de Foyer. Les chefs de foyers travaillent pour des chefs de réseaux qui fonctionnent pays par pays. Ils ont des agents qui servent de relais. Certains essayent de coopter du monde en expliquant que tout se passe bien en Libye, qu’ils vont pouvoir y travailler et gagner leur vie.

Les libyens et certains africains travaillent main dans la main. Ces africains sont coupables mais ils ne pourraient pas fonctionner sans l’appui d’éléments corrompus de l’armée de terre ou de la Marine. Le mythe du passeur « indépendant » est un enfumage. Dans la réalité, les témoins racontent que tout est très bien organisé par régions. Certains réfugiés qui payent ne sortirons pas du pays, d’autres se feront tuer un peu plus loin. Il suffit de tomber sur un tortionnaire mal luné, un jeune excité armé d’une arme automatique, d’être victime d’un lynchage pour un regard croisé ou d’être transporté dans un camion citerne rempli d’essence pour y rester.

Au départ tout a l’air simple, c est ce que vous allez entendre dans cet enregistrement mais ce qu’il faut entendre aussi c’est par ou passe l’argent et s’interroger sur le rôle du système bancaire dans cette histoire.

 

Series Street Old school dans corridor Elephant.