Dossier Artistique vu Par AFD.

BERNADETTE ET DAVID

Travail en cours sur la pauvreté…

MAURICETTE, née le 28 juin 1949, deux enfants.

Je suis née dans cette maison. A l’époque personne partait. On allait à l’école à Verghas, à pieds, deux kilomètres. Mes parents n’étaient pas très riches. On est allé jusqu’au certificat d’études. Avec l’accident de mon père, il a fallu travailler. Nous n’avions pas grand terrain mais à la main, il fallait le faire. On ne se rend pas compte des tracteurs. Il fallait faire les foins, les moissons, planter les pommes de terre. J’ai commencé à l’âge de 14 ans. Je me suis mariée à vingt-et-un ans. Lui était agriculteur à St-Gervais. Nous étions une fois ici, une fois à St-Gervais même quand nous avons eu les enfants. Mais ici, les Traineaux, c’est un village sectaire. Ça ne parlait et ça pensait qu’à se faire du mal. Il y a un moment que cela dure la zizanie. Avant la télévision, il y avait les veillées. On partait à 5-6 heures. Les hommes jouaient à la belote et les femmes tricotaient. On faisait deux-trois kilomètres à pieds parfois plus. On revenait à minuit, une heure, deux heures du matin. On cassait la croûte avant de partir. On partait à 5-6 heures. Mais notre génération n’a pas fait cela. On regardait la télé, les enfants faisaient leurs devoirs et on allait se coucher. C’est devenu plus personnel maintenant, c’est chacun chez soit comme on dit. Les problèmes entre les paysans c’est sur le terrain. C’est l’envie par rapport à ce que l’autre possède. Et cela peut aller jusqu’au meurtre comme en 1928. Un règlement de compte dont les gens parlaient encore quand j’étais enfant. La maison du crime on l’appelle. Un gendre dont la femme avait été lésée est venu se venger et a tué le grand-père, la belle soeur et sa fille. Tout le monde avait peur car le meurtrier n’avait pas été arrêté et les gens se demandaient si le meurtrier errait dans les parages. Même quand il fut arrêté, les gens continuaient à avoir peur. Les écoliers avaient retrouvé un pistolet. Et l’enquête a pu aboutir à l’arrestation du coupable. Au sujet de la guerre, je ne sais pas grand-choses. Je sais qu’ils ont eu faim. Les parents faisaient des tourtes de pain, de la volaille, un lapin de temps en temps. Quand ils voyaient ces pauvres gens qui ne mangeaient pas. A l’époque, il y avait plus de solidarité qu’aujourd’hui et c’est à cause du chacun chez soi. Ces gens qui couchaient dans les bois, il y en a qui ont été tués au moulin. Un ou deux c’est tout ce que je sais. Ceux qui ont connus la guerre n’ont pas mangé tous les jours à leur faim. Encore, nous étions privilégiés par rapport à ceux de la ville. C’était triste. Mon oncle, le frère de mon père avait été fait prisonniers en 1939. Ils disaient qu’en Allemagne, ils n’avaient rien à manger. Il faudrait pas que cela revienne. En 1939 c’était un peu comme cela avec des guerres un peu partout. La France s’en est mêlée et après cela s’est fait partout. C’est la guerre. Cela fait presque peur d’aller en ville. Un cousin Martin qui était sur une terrasse le soir du Bataclan, il a été blessé et son copain est mort. Vous vous rendez compte si cela revenait avec les armes d’aujourd’hui? A la campagne ils vivaient bien pendant la guerre car il y avait des pommes de terre, des oeufs, du lait. Mon oncle, il pouvait plus voir la lumière, il pouvait plus manger. Il avait travaillé dans une ferme où il n’y avait rien à manger. Il buvait du lait sur les vaches. Tous les jours ils étaient dehors; comme des chiens, ils vivaient.

J’ai rencontré mon mari à 20 ans. On allait au bal et c’est là que je l’ai rencontré. Mon père est né en 1911. Son accident s’est produit le 11 septembre. Il aimait pas se lever le 11. Il est tombé de sept mètres de haut. Il coupait des frênes pour les chèvres. Le lendemain de sa chute, il était paralysé. Il avait 20 ans. Il a été plâtré avec un sirop de morphine. 15 jours après son travail avait marché. Sa colonne était tordue et aplatie. Un grand docteur est venu pour lui dire que 1/2000 se remettait de ce qu’il avait vécu. C’est un rebouteux qui l’avait soigné, il venait de l’Allier. C’était le bouche à oreille. Il faisait le sirop à la Morphine et c’était pas tous les docteurs qui faisaient cela. Il s’est marié à 37 ans, mon père, et ma mère avait 24 ans. Ça a été un arrangement entre familles. Il n’y avait rien pour se rencontrer. Pendant la guerre il y avait des bals clandestins. Ils s’amusaient aussi un petit peu. Ma maman disait que c’était risqué. C’était des copains qui jouaient de l’accordéon. Ils se sont choisis aussi. Ils se sont mariés le10 juin 1948. J’ai un cousin qui est né le 18 Juin.

Nous avons une ferme familiale. Nous avions une chambre dans les deux maisons familiales. On a fait cela pour conserver les deux fermes. Et pour faire quoi ? : zéro. La ferme, c’est que du travail. Je travaille toujours, il faut bien aider avec les bêtes; on ne fait pas toujours ce qu’on veut. Un bébé peut se mettre après vous. Une vache qui veule peut vous tuer. Même un bélier, c’est pas grand chose mais attention : en agriculture, il faut aider jusqu’au bout. Il y a different types de tempéraments et il faut toujours faire attention. Nous nous sommes mariés en 1970. Depuis ce temps-là, gouvernement après gouvernemen c’est toujours la même chose. On vend les bêtes comme il y a quarante ans. Ça a changé mais pas en bon pour l’agriculture. Je suis à la retraite depuis 2009. Je ne pouvais plus continuer, l’administratif, il faut tout déclarer… numéro du père, de la mère, quand on arrive à un certain âge… On était même pas au Smic. Quand un bébé péri, vous avez tout perdu. Il y a les chiens qui font des ravages sur  les brebis, le renard c’est la volaille. Chacun de nos deux enfants ont repris l’exploitation. L’un celle du père, l’autre celle de la mère. C’est pas fini, pour l’instant ils ont les terrains, ils se sont mis d’accord. C’est nécessaire pour moi de faire mon jardin, mes volailles et mes lapins. S’il fallait acheter tout cela, ce serait vite parti les 600 euros de retraite. J’ai les impôts, l’eau, l’électricité, le téléphone, les assurances, l’essence, l’entretien. Le bois, c’est mon fils. Je cuisine avec ma cuisinière sur la deuxième plaque. Comme cela ça ne hurle pas.

Les bouteilles de gaz c’est pas donné. Je dois faire avec 400 euros par mois environ. Je n’ai jamais voyagé. J’avais bien envie de voyager mais nous n’avions pas les sous. L’ainé aussi a commencé à 14 ans. L’autre avait l’appendicite chronique. Il a commencé après l’opération à 20 ans mais il travaillait à l’usine comme tourneur fraiseur. Quand mon mari a pris sa retraite en 2006, il a repris la ferme car il n’y avait plus de sécurité à l’usine. L’ainé s’est marié en 1990 et l’autre en 2003. Mes fils ont leur maison. Le plus grand a acheté une ferme à Roche Dagout. Mes parents voulaient qu’il reste à la ferme y travailler mais il fallait qu’il prenne un logement car il n’y avait pas de place et il fallait prendre la liberté un petit peu. Quand on a les parents sur le dos, c’est pas pareil. A l’époque, on gardait les parents jusqu’au bout. 1800 euros par mois pour une maison de retraite, il faut les trouver. Un mois, cela passe vite. Je ne sais pas comment cela terminera. J’espère que, comme cela, d’un coup, il n’y aura plus de peine. C’est tout ce qu’il faut souhaiter de toutes façons.

PHILIPPE fils de Mauricette,

Moi aussi j’ai eu aucune vie. J’ai deux filles et je ne permettrai à personne de faire ce qu’on m’a fait. Ça fait trente ans que je travaille. Travailler pour les parents et les grands parents. Je travaille comme il y a deux mille ans, l’epoque où les enfants prenaient en charge les parents. J’ai eu mes enfants a 20 ans. J’avais personne pour me remplacer. J’aimais le football, je voulais m’amuser mais il fallait travailler. Si ma femme ne travaillait pas, je ne pourrais pas manger. J’etais à l’ecole jusqu’à dix-huit ans. 1989. Je regrette de ne pas être resté à Tulle dans l’armée. Ce que j’ai fait c’est rien. J’ai travaillé pour les autres et j’ai rien gagné. J’ai expliqué à mes filles: travaillez pour vous mais pas pour les autres sinon vous en êtes jamais remerciée. Ma fille me dit: « je pense qu’à ma gueule » et elle a raison, c’est ce qu’il faut faire pour ne pas reproduire ce que j ai vécu. Pour être rentable, il faut 100 hectares – c’est l’esclavage moderne. La vie doit être donnant donnant. J’ai loupé ma vie et puis c’est tout. Si on m’avait remunéré à l’heure, j’aurai une villa avec piscine – je ne sais pas nager c’est vous dire. J’ai gagné trente mille euros c’est à dire la moitié de la valeur de ma maison. Je me souviens d’un chanteur qui était venu à Pontomur et mes parents m’ont dit d’aller faire le foin. Je ne peux pas revenir en arrière. Le temps libre cela n’a pas de prix. Ma fierté c’est que mes filles font du foot. Les loisirs cela m’a manqué. Peut-être que j’aurai eu envie de faire parti d’un syndicat, discuter. Je me rappelle toujours quand le mur de Berlin est tombé. C’était nov 1989. Mon chef m’avait proposé de signer. Si j’avais su j’aurai signé. Trois fois qu’il m’a demandé. Ma victoire c’est que mes enfants vont choisir leur vie. C’est à dire ce que je n’ai pas pu faire. Mon père prenait du bon temps pendant que je travaillais. C’est moi qui ai pris en charge l’enterrement de ma grand-mère. Je vais prendre mes vacances quand je serai au cimetière. Je dis a mes filles quand je serai parti faites la fête, ne pleurez pas le calvaire c est fini. En prison, j’aurai peut-être été plus heureux. J’aurai pu parler avec quelqu’un, m’informer, lire. J’avais la santé mais il y en a qui on su en profiter.

Jean-Bernard dit JB:

 » Je suis arrivé dans la région en 97. J’avais 27 ans, mon frère avait 25 ans. Il avait acheté une maison dans la Creuse, près de Gouzon. Il est arrivé avec 480 000 fr, 80 000 euros environ. Il venait de faire un braquage en Suisse, une banque. Il était un peu chaud, il a tiré 72 coups de fusils pour déconné et d’après ce que j’ai su, il était en business avec un gendarme, un ripou qui écoulait des billets de 500 francs Suisse. Mais le 6 juin 1988, le gendarme l’a tué et d’après ce qu’on a su, il aurait été muté en Savoie. J’avais un bar en Allemagne. J’ai grandi à Fontenay mais je suis de mère allemande. J’étais a 80 km de Frankfort. Je devais 5 mois de loyers et quand je suis revenu, j’avais une lettre, il fallait que je quitte le bar. J’ai acheté le fond 5000 Mark et j’y suis resté de janvier à juin. C’est mon frère qui avait financé. Je mettais tout mon argent dans la poudre et je faisais la fête. J’avais un beer Garden. J’avais dit au proprio que je le paierai à la fin de la saison. Le bar je l’avais appelé Asterix. Au début je gagnais mon loyer et mes charges. Mon intention c’était de rester, c’était une belle affaire, 25 mètres de long, 100 places assises. Je faisais bar de nuit: 17h 3-4h du matin. J’avais une nana Gabie, mais les femmes cela défilait. J’avais les filles du club de foot, 20 filles trois fois par semaines. Gabie elle m a dit: tu m’aimes pas. J’ai répondu qu’il fallait du temps pour aimer. La première fois que je l ai vu je me suis dit cette nana je la mérite pas. Un jour je la vois en discothèque et je l’invite pour le nouvel an 88. Je me disais je veux me marier avec elle mais elle était nymphomane. Elle est tombée dans la came je crois. Je ne l’ai plus jamais revue. C’était dans ma tête, j’étais timide, c’est peut être de la que ça vient. Moi quand j’étais petit je faisais un complexe par rapport à mes origines. Ici, j’étais le sale boche et en Allemagne j’étais le sale français. Je suis arrivé en France à l’âge de cinq ans. On est né pendant la guerre d’Algérie. Elle (ma mère) passait son temps en Algérie. Mes parents étaient amoureux. Ils se sont maries en 1957 en Allemagne. Ma mère était sage femme. Ils se sont connus a Fribourg où mon père était engagé dans l’armée. Mon père, il était parisien: Paris6. Donc mon père nous a embarqué pour Paris en 1966, Fontenay. Ma soeur est née en 1960, mon frère en 1962 et moi je suis de 1961, je ne parlais pas Français car je ne voyais pas mon père, j’ai commence à le voir quand nous nous sommes installés à Paris. Il a fait horlogerie, mécanique de précision. Mon père en 1966 participe au concours Lépine avec l’invention d’un mandrin qui faisait percussions. Il s’est fait copier par les anglais car il n’avait pas les moyens de protéger son invention, c’est cela que racontait mon père. J’ai redoublé, redoubler ne m’a pas posé de problèmes mais on m’a fait chier avec cette histoire de sale boche et il a fallu que je me batte de 6 ans a 13 ans. J’ai arrête en 4eme. Apres la quatrième, je ne savais pas quoi faire, mon père m’a dit: horlogerie. Je me promettais dans l’armée – comme pilote – on me reprochait d’être rêveur, absent, je me faisais chier à l’école mais j’avais de l’imagination. Je ne me souviens pas de ce que je faisais. C’est ma mère qui s’occupait de l’éducation. Mon père ne m’a jamais frappé; A table il vérifiait si j’avais lavé mes mains. Si mes mains étaient sales c’était les punitions. Il y avait une éducation stricte. A la mort de mon frère, mes parents se sont séparés. Pour ma mère aussi ça a été dur, elle est passée de sage femme a infirmière car son diplôme n était pas reconnu. Elle travaillait le jour ou la nuit. Quand elle travaillait, c’était la voisine qui nous gardait. En juin dernier je les ai revu. Je sortais avec la soeur de Samir Naceri, je ne sais pas si il me reconnaitrais aujourd’hui, j’ai revu une ancienne connaissance l’an dernier qui ne m’a pas tout de suite reconnu; je suis devenu tout gris, j’ai plus de cheveux mais cela ne me dérange pas. On est comme on n’est. En 1988, j’ai fait de la prison. Je suis pas fier. Mon frère, il est passe a la télévision dans X-ypsylone. C’est une émission pour identifier les braqueurs. Les gens sont rémunérés pour des renseignements, c’est une chaine Autrichienne-Suisse-Allemande. Je suis tombé en prison en 1981 quand j’étais a l’armée.  J’étais toxicomane a l’époque. J’avais braqué la pharmacienne de la cité. C’est un mec qui me propose de braquer la pharmacienne chez elle, comme ça il y a les sous .  C’était le dimanche, j’étais en permission. Elle habitait dans la tour de la cite la redoute au premier. On était devant sa porte et une bonne femme nous voit. On braque. La pharmacienne croyait que c’était le fils de la femme qui nous avait vu. Alors cette femme m’a dénoncé mais n’a pas balancé mon complice. Je suis tombe pour vol avec violence. J’ai pris dix mois. En 82, j’ai agressé des dealers. J’ai failli mourrir plusieurs fois pour de l’héroïne. On m’a tire dessus pour 15 grammes. On m’a coince a deux contre dix sur le perif, deux voitures ils étaient, j’ai fait demi tour, j’ai cru que c’était le jour de ma mort. On arrivait rue Ramponneau, c’était rempli de dealer. Ils mettaient des enfants de six ans devant la voiture pour qu’on ne parte pas sans payer. Je mettais un coup d’accélérateur pour que les enfants partent, on braquait avec un 9 mm, c’était du lacrymo avec un pistolet et ils ne cherchaient pas a comprendre. On prenait la carte de séjour et on menaçait de la bruler alors ils donnaient la cama et on partait. Un soir on était trois, on a braque un dealer a Montmartre, il y avait trois gars plus bas qui nous on suivi .  C’était deux tunisiens, on les braque, les trois gars nous ont pris pour des flics. Les flics ont crié « Police »et nous ont arrêtés. On a fait passe cela pour des gens qui voulaient emmerder les dealers, j’ai repris dix mois. J’ai fait 81-82-83 et 84 a Nice pour braquage. Il n’y avait pas de parloir libre mais la tenue pénale obligatoire. En 83 télé dans les cellules, tenue civile et parloir libre. C’est a partir de la que le racket s’est intensifie, il fallait cache si on avait de l’argent. Le comptable, qui était un détenu, pouvait renseigner les racketteurs. Je suis sorti en 84, Je n’arrivais pas a sortir de la came alors je suis reparti en Allemagne. En 1988 je suis retombe dedans et j’ai séquestré un dealer, cette fois ci j ai pris sept ans. En 93, je suis sorti et je suis retourne en Allemagne, j’ai rencontre une bergère, c’est pas facile de gérer 2000 têtes. C’était une berlinoise, elle travaillait pour un turc. On se levait a cinq heure du matin, on prenait le 4×4 et on commençait le travail. On les promenait toute la journée. J’ai mis dix jours pour lui raconter mon histoire. Elle n’aimait pas la drogue, cela la faisait pleurer. Elle voulait rien savoir. Au bout de deux ans, on s’est séparé a cause de ça. La drogue cela m’a fait perdre beaucoup de choses. Je commence a avoir beaucoup de problèmes a cause de cela, la gorge qui me brule. J’ai rdv le 11 mars. J’ai une fille de 36 et un petit dernier de 13 ans. J’ai un droit de visite tous les 15 jours. Il fait un mètre soixante-dix et commence a avoir du duvet. Il s’ennuie un peu maintenant mais cela me fait plaisir quand il vient me voir. Ma première fille je ne l’ai jamais connu. Cecile est tombée enceinte a 17 ans et demi. Je suis parti a l’armée et quand je suis sorti de prison, il n’y avait plus personne. Je n’ai jamais eu de nouvelles et je ne demande pas, je veux dire c’est a elle de chercher, elle a du change de nom, elle est au Canada, c’est le père de Cecile qui m’a raconté. Lui avait perdu sa femme dans un incendie d’un lycée parisien du 19 eme. A 15 ans ma copine avait son appartement. Son père était directeur chez ITT et après l’accident il lui a acheté un appartement a Villemomble.  C’est comme si j’allais chercher une aiguille dans une botte de foin. Dans la cite, il y avait des clans et je trainais avec la racaille, le camp des forts. J’ai commence a fumer, un ami m’avait propose de fumer, puis on m’a propose de la came, de snifer, puis on m’a propose le shoot. Un moment tu mets un gramme d’Hero ou un top model, tu choisis l’Hero. En quelques jours tu deviens accro. Au départ c’est psycho et ensuite c’est physique. 93-97 Allemagne. Puis je me suis dit je vais aller en Creuse mais la maison il n’y avait pas de courant pas d’eau et au bout de 4 jours j’en pouvais plus. J’ai rencontre un couple. Je me suis installe chez eux et je suis sorti avec la femme du gars qui mettait des somnifères dans son verre. Un jour je lui ai tout raconté, c’était le jour d’une fête et quand elle l’a appris, elle s’est mis a casser des verres dans le bar ou nous étions, elle a dit que c’était pas vrai. En 99 j’ai été héberge et une fille de dix sept ans et demi est tombée amoureuse de moi. J’en avais 37-38. C’est devenu la demi soeur de mon fils, Elle me demandait tout le temps de descendre voir la mère et la mère est tombée amoureuse, les deux se faisaient la guerre. Un soir, je buvais beaucoup, je me suis retrouve avec la mère.  Elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas plus avoir d’enfant et elle est tombée enceinte a 45 ans. J’ai dit Tchao, mais j’ai reconnu le fils. J’ai mis 9 ans avant de le revoir. Je devais aller a Clermont et parfois c’était impossible pour moi mais il a quand même accepte de continuer a me voir. J’ai été au RMI de 93 a 2014. Je touchais aussi des aides de la CAF. Maintenant je suis a l’AAH, j’ai l’hépatite C. Avec 800 Euros en Creuse cela me fait 25 euros par jours. Le loyer est pris en charge par les APL donc je m’en sors. J’ai 100 euros de charges. Je suis exclu, je n’ai plus de droits civiques. Je dois déménager car la maison ici a été vendue. Je vais faire un peu de brocante, restaurer la maison de mon frère. Je bois, le père de ma mère et le père de mon père buvaient, ça a sauté une génération.

Bruce

« J’ai un toit c’est déjà bien. Je me suis reconstruit peu a peu. Maintenant j’ai un toit, sans cela on ne vit pas.  Ce n est pas possible de vivre même en étant chez les uns et les autres. C’est trois cents euros mais pour l’instant c’est gratis. Depuis début décembre. Avant j’étais à droite à gauche. Plutôt les amis car je ne voulais pas emmerder la famille.

En 2010 ma femme m’a quitté et six mois après j’ai perdu mon boulot. En 2011 j’ai travaillé six mois en maçonnerie et je vivais chez ma fille. Jai eu deux ans de chômage jusque en 2013.  Ensuite le RSA. Je ne sais pas pourquoi.  La j’ai vécu trois mois sans rien. Je n’ai jamais reçu de courrier. Je reçois mon courrier à la mairie. Les administration m’ont dit qu’ils m’avait envoyé un courrier mais j’ai jamais rien reçu. Et j’ai été radié. Si j’avais pas eu les potes notamment Richard, j’aurais rien eu à bouffer. De septembre à novembre 2015. J’ai deux frères et quatre soeurs. J’ai fait l’école des soeurs à Auzances puis le collège de Giat dans un internat qui était plus dur. Je suis resté un an a Giat et j’ai dit à ma mère que je voulais apprendre un métier et j’étais à Felletin passer mon CAP:Peintre-Décorateur. Je voulais faire charpentier mais il n y avait plus de place.  En fait c’est l’école qui m’a orienté.  Je suis resté trois ans pour apprendre le métier. J’aurais pu apprendre en un an de formation mais on nous faisait faire des stages chez les artisans. Apres les trois ans ma mère m’a informé qu’il y avait du travail à la station et j’ai passé dix ans à Intermarche. Je commençais à 5 heures et je finissais a 12h30 coupure reprise 14h30 et je finissais à 20 heures pour 4100 francs à l’époque. J’ai fait un VSL de 18 mois dans les transmissions et j’étais pompier volontaire en 1989, j’ai arrêté en 2010.

J’étais jeune, et aujourd’hui je regrette d’avoir fait le con, même avant que Bea se casse. Elle c’est une fanatique du loto.  Je l’ai rencontrée en 84. En 1992 nous avons eu Coralie et Robin en 2002.

Je suis parti une fois en 98-99. J’en pouvais plus, il fallait que je change d’air. J’ai trouvé une autre, Marie-Claude mais cela m’allait. Je suis revenu mais depuis quatre ans cela battait de l’aile. Ce qui a été dur c était de ne plus voir mon fils. Peu après j’ai eu accident du travail, en dévissant un boulon je me suis cassé une main. Le chef de production appelle les pompiers. Nous buvions des verres avec les potes et ils m’ont viré. Ça faisait dix ans et demi que j’y étais, il y a peu de temps la société avait été rachetée. J’étais très qualifié puisque j’avais fait une formation d’extruder, la fabrication des bouteilles plastiques, les billes dans des silos pour aspiration chauffés à 250 degrés et mise en forme par moulage. C’était pas le même salaire qu’à Intermarche puisque que je touchais entre 1800 et 2000 euros. C’était les trois huit: 5-13/ 13-21/21-5h. Il y avait les potes, le foot, la pétanque, l’entraînement, les pompiers, la chasse: j’ai épaulé un chevreuil mais j’ai pas pu tirer. Un chevreuil pleure comme un bebe quand il est touche. Maintenant mon fils est a 50 km. J’ai même un petit fils je le verrai dans trois semaines. Il y a deux ans, j’étais avec Hyacinthe et Bea voulait revenir mais j’ai refusé. A cette époque la j’étais empileur, j’entassais des buches d’un mètre cinquante avec le statut d entrepreneur. Mais j’ai postulé à la mairie et ils m’ont offert un stage qui a débouché sur un emploi en cdd de trois mois.  Mais je vous dit le principal c’est d’avoir un toit. J’étais chez Richard, chez Ludo, des amis m’ont hébergé six mois, je faisais le ménage, je m’occupais des gosses. Avec le bouche à oreille, Pierrot m’a proposé de m’installer chez lui. » On s’occupera des papiers plus tard, t’inquiète pas il m’a dit. Quand t’as un chez toi, dans ta tête t’es mieux, surtout quand t’as une famille.

Sur 524 euros j’enlève 50 banque de France, 30 Edf, 17 eau, 150 euros de bouffe puisque j’ai les restaurants du coeur. Il me reste 277 euros pour vivre tabac, jeu, bar, vêtements, cadeaux. C est pour cela que je vote. Tout citoyen doit voter mais la politique c’est des beaux parleurs  et ils ne font pas grand chose.  Pour le Rsa, j’ai hésité parsec j’ai jamais profite de la société. C’est les amis qui m’ont poussés, je ne sais pas pourquoi, cela encourage bien. Quand les gens sont sympathiques cela fait du bien, parler à d’autres personnes cela casse la solitude. Il y en a d autres qui sont reculant face à ce que je représente.  »

CHRISTIAN « Les aides sociales? il faudrait tout supprimer pour qu’ils manifestent et prennent le fusil. Je suis de novembre 1948. Ardèche. Je suis arrivé dans la région en 1998. J’étais dans les chevaux, le débourrage. Je travaillais aussi dans le bois, surtout tous les vieux bois. J’étais à la MAS de 1983 a 1998. En 2001 j’ai tout arrêté. En 66 ans de travail, j’ai pris 8 jours de congés. Entre 98 et 2001, j’étais au chômage mais je faisais de la sécurité le week end, j’étais conducteur de chien les samedis et dimanches. Je suis propriétaire – c’est la CAF qui payait presque tout parsec je vivais avec 200 euro a cette époque là. Il y a des aides pour tout. Quand je suis arrivé ici on m’a dit, que je devais monter un dossier pour les aides. C’est la CAF qui a payé ma maison. J’ai 8 euros d’impôts locaux, 16 euros par mois d électricité, 28 euros d’internet et télévision, la télévision je la regarde le soir. J’ai 50 m3 à 0,70 centimes. J’utilise la télé comme bruit de fond. Dans le temps, c’était la radio. Je n’ai pas internet qui représente l’idiocratie. Il faut voir pour pouvoir critiquer le niveau des émissions qu’ils montrent. 100 euros de bouffe par mois. Ce qui coûte le plus cher c’est l apéro. Avec le prix de 4 apéros dans un bar tu t’achètes une bouteille. Le budget c’est vingt euros par semaine, une bouteille et demi de Ricard. Les loisirs? J ai remis le lavoir en état et j’ai été récompensé par le département pour cela. On a fait cela a deux. On a aussi planté des framboisiers pour les enfants qui se promènent. Il y a de l’entraide ici. Il faut attendre que ce soit eux qui viennent (les paysans), il ne faut pas aller les voir. Sinon mon loisir c’est de regarder les oiseaux qui viennent, je dois veiller a ce qu’ils aient toujours à manger. C’est les oiseaux ma télévision. J’ai un lapin qu’on m’avait amené pour le pâté mais je l’ai gardé, je ne l’ai pas fait tuer, je le laisse en liberté, il vit avec moi ici. Comme le chat, il rentre, il sort. Attention celui qui écrase mon lapin ou mon chat par excès de vitesse cela se passera mal, je veux bien qu’ils meurent mais d’une mort naturelle, par un autre animal je ne pourrais rien dire même un chien car c’est dans la nature de la bête qui ne peut pas freiner ses instinct. J’ai même eu un renard il y a deux hiver, celui qui était très froid, il est venu ici trois mois de l’hiver et puis je ne l’ai plus jamais revu. Ici c’est tranquille comme pays, les gens sont sympas ici c’est pas comme dans certains coins ou le touriste est le bienvenu mais quand il s’installe c’est plus pareil. Si tu apportes quelque chose c’est bien mais si tu viens pour prendre quelque chose c’est plus pareil. Aujourd’hui, on paye 68, maintenant les enseignants ne sont pas respectes. Si les politiciens n’arrivaient pas à s’entendre, l’extrême droite passerait mais elle ne passera jamais. On voit les jeunes comme Macron et Valls ils sortent de la même école, c’est un totalitarisme. Quand on a vu canal + et la promotion de Sarko en 2007. On a beau dire mais cela a influencé l’opinion publique les guignols. Hollande ne gouverne rien et on se demande pour qui Valls gouverne et le pouvoir est de plus en plus autoritaire. D’autre part, prenons l’exemple des réunions à trois: les gens se parlent mais quand nous sommes plus de dix, les gens se taisent. Ils laissent parler les parleurs. Tout le monde vote- dix ans après c est toujours la mémé chose. La même direction et rien ne bouge. Ils sont déconnectés de la société. Nous sommes rentrés dans le film idiocratie. Si personne ne bouge nous perdons tous nos avantages. A la campagne, l’aine, c’était le chef de la maison. C’était lui le responsable. Il en prenait des coup de ceinturons car si il y avait une connerie c’était lui. A 18 ans mon père était chef d’équipe mais il ne savait ni lire ni écrire. Pourtant son père était instituteur. Moi j’ai passé le certificat d étude. Sans rattrapage. J’ai fini avec 52 points, avec 3,5 en calcul. En revanche le reste était impeccable .Apres le certificat, j ai travaille avec mon père qui avait monte une entreprise. Son patron un jour lui a dit que ce serait lui qui reprendrait l entreprise, c était aussi comme cela la transmission. Pendant l occupation mon père a aide aussi les maquisards, il leur livrait de la bouffe et du pinard.Il s’appelait Pepino dans la résistance.Il a été dénoncé mais n a pas été pris. Malgré tous les coups qu’il a reçu, il ne nous a jamais frappé.

Je ne dis pas que je ne crois pas en Dieu mais les cures sont des salopards. J’ai été vires du catéchisme Pour eux les femmes c’est le mal. Mais sans les femmes ils ne seraient pas la. Mon père il a fait faillite en 1968. De Gaulle disait les artisans ce ne sont que des francs-maçons. Des libertins pervers et des anarchistes. Dans les années soixante la robotique c est implantée dans le monde du travail. Ma retraite, je l’ai choisie. Je ne me considère pas a plaindre car j estime n avoir pas beaucoup cotisé. J ai fait l armée dans les chars en 1968. Je suis sorti première classe. J ai fait 18 mois en Allemagne. J’ai jamais reçu de papier du ministère des loisirs pour me proposer quelque chose. Regardez le nombre de ministères aujourd’hui, plus il y en a plus c est la merde dans le pays. Je suis en train de me battre avec Cetelem depuis trois mois pour une erreur de prélèvement de leur part en ma défaveur. C est épuisant de voir le nombre de courrier qu’il faut faire et que cela ne fait rien avancer. La commune c est la politique directe, il faut s impliquer. J ai lance une pétition pour empêcher la privatisation de l eau. Je vote pour ce maire pas parce qu’il est communiste mais parce qu’il gère bien. Il faut voter. Même blanc il faut voter. »

 

 

CENSURE A NARBONNE PLAGE

Le 31 Mars, le début du printemps A Paris?

 

 

PORTFOLIO

Migrants de Lampedusa à La Chapelle

Mon reportage sur les migrants soudanais de la Chapelle. Un travail de 3 ans publié dans Nothing Mag 13

issuu.com/optycos/docs/nothing_13